"Où est le sens ?" de Sébastien Bohler

Le 30/01/2021 | écrit par Olivier Hoeffel

Résumé et réflexions perso en notes

Olivier Hoeffel - 23 octobre 2020


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Cette fiche est un copier/coller de la fiche que j'ai rédigée sur Google Doc. Je n'ai pas repris les notes de pages de cette version.


En une carte mentale (carte heuristique)

En bref résumé

En résumé plus détaillé


En une carte mentale (carte heuristique)

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En bref résumé

Le striatum était la vedette du précédent livre de Sébastien Bohler : “Le bug humain”. 


Dans “Où est le sens ?”, question qui peut être entendue de diverses façons, un autre organe du cerveau est sous les feux des projecteurs du docteur en neurosciences qu’il est : le Cortex Cingulaire Antérieur


Comme vous l’aurez facilement déduit, c’est le centre du sens. Le sens étant entendu comme une capacité de prédiction (établir des liens entre l'état du moment de l’environnement et son état futur) et une capacité de contrôle pour assurer ordre et cohérence. Prédiction et contrôle se renforçant : la réalisation des prédictions augmente le sentiment de contrôle de l'individu sur son environnement. L’enjeu étant de réduire l’incertitude sur l’avenir et d’assurer la survie. 


Le CCA veut nous assurer d’une vie cohérente, paisible, ordonnée, prédictible et se met en alerte dès lors que la réalité ne correspond pas aux prédictions. Une alarme qui déclenche une réaction de stress. La rencontre d’incohérence faisant partie de la vie des humains depuis le début de l’humanité, le CCA a longtemps joué gentiment son office pour le plus grand bien de notre survie.


L’incertitude est le contraire absolu du sens

Sauf que depuis quelques générations, la machine s’est emballée - notamment du fait de la compétition et de l’accélération des rythmes - et le CCA est confronté à un danger bien pire que l’incohérence : l’incertitude voire encore pire l’indétermination dans ses prises de décision face à une multiplicité de choix qui lui sont offerts. On passe alors du stress au stress chronique, à l’anxiété généralisée, au burnout, … L’incertitude étant tout simplement considérée comme le contraire du sens selon l’auteur qui voit la fusée du sens construite en 3 étages :


le premier étage “cosmique” où les premières générations d’humains se sont fiées aux forces célestes et terrestres pour donner un sens à la vie et pour prédire l’avenir. Ils ont aussi fait confiance en leur propre capacité d’observation de la nature pour anticiper des dangers et trouver de la nourriture

le deuxième étage “social” qui s’est construit par dessus le premier il y a 12 000 ans quand les humains sont devenus sédentaires et se sont regroupés dans de grandes agglomérations avec un nouvel enjeu de prédiction dans un monde qui découvre l’anonymat : quelles sont les intentions de la personne inconnue en face de moi ? Les religions monothéistes ont permis pendant de nombreuses années à répondre à cet enjeu en édictant des rituels et une morale qui ont permis au CCA de pouvoir prédire de manière plus confiante les relations avec autrui et développer un sentiment apaisant d’appartenance

un troisième étage “écologique” que l’auteur appelle de ses vœux pour être en capacité de faire face aux enjeux écologiques immédiats et urgents auxquels nous faisons face.


Le triomphe technique nous a détruit en 2 temps

La montée en puissance de la science et des technologies ont mis sérieusement à mal les piliers des religions (notamment sur la platitude de la terre et la création du monde et de l’homme). En mettant à mal ces piliers, elle a aussi mis à mal le sens avec une perte du sens qui s’est sérieusement aggravée depuis les années 70 et le développement fulgurant des technologies et de la société de consommation. Comme une double lame qui rase de plus près, le triomphe technique a eu la peau du sens en deux temps tout en créant un bilan extrêmement ambivalent en matière d’incertitude : il a réussi à rendre obsolète le sens en augmentant la certitude matérielle (puisque la technique permet la prédiction et le contrôle d’un nombre incalculable de situations et d’événements) puis a réintroduit un niveau d’incertitude inégalé du fait de la compétition, de l’accélération des rythmes et d’une nouvelle incertitude : celle de l’avenir de la planète.


On dit que la nature a horreur du vide. Il en est en quelque sorte de même pour le sens : l’être humain cherche à combler son vide de sens. En réalité, il est plus précis de dire que le CCA, dont la fonction première est le sens, ne disparaît pas et cherche à perdurer. Un vide qui se comble de plusieurs manières que je qualifierai de perdant-perdant : manger en se suralimentant, le sexe et en particulier le porno, les séries télévisées avalées en une soirée, les substances addictives, les technologies pour tout contrôler, et plus globalement une consommation sans limite (il n’y a pas que la science qui, sans conscience, est ruine de l’âme), l’obsession de l’estime de soi, l’enfermement dans des communautés identitaires qui discriminent, et une façon de contrefaire le sens en contrefaisant la vérité ou en la niant.


Renoncer dès maintenant à notre mode de vie actuel et consacrer tous nos efforts au service de solutions d’adaptation à ces changements

Dans le dernier chapitre du livre, intitulé “La fin du monde”, Sébastien Bohler aborde une dimension de lucidité et d’espoir. Lucidité, en faisant le constat que, face aux enjeux climatiques et environnementaux, il nous faut renoncer à notre mode de vie actuel et renoncer à quatre aliments “démoniaques” : la compétition, l’accélération, l’incertitude et la consommation. Il nous faut constituer le 3ème étage de la fusée évoquée précédemment : un sens écologique partagé et la construction d’une morale écologique. Selon lui, les sacrifices que nous devrons opérer sont tels que seule la voie du sens nous permettra de le faire sans trop de frustrations, d’autant plus si chacun fait des sacrifices en conscience que les autres en font aussi du fait de l’appartenance à la même grande communauté des humains. Avec un enjeu gagnant-gagnant : en obéissant à ces nouvelles normes morales, non seulement la planète en sera bénéficiaire, mais le fait de partager ces sacrifices constitue un puissant calmant pour le CCA.


Sébastien Bohler met en lumière la recherche d’une double considération que certains spécialistes de la reconnaissance mentionnent : considérer et cultiver à la fois le besoin d’appartenance et le besoin de singularité (que l’auteur appelle existence collective et existence individuelle). En ce sens, il appelle à ce que l’écologie conçoive une véritable place à l’existence individuelle. Une façon d’équilibrer justement le “moi”, le “nous” et le “moi” dans le “nous”.


Il pose un levier fondamental qui était déjà mis en avant dans son livre “Le bug humain” : la connaissance. Il en ajoute un autre intimement relié : la capacité à la contemplation et à l’émerveillement. En quelque sorte, la société écologique doit être en premier lieu une société de la connaissance, et pas celle qu’on acquiert de manière superficielle en surfant sur internet, dans ses communautés d’appartenance. Elle doit être généralisée partout. Une connaissance qui conduira à une lucidité et à une juste conscience du plus grand nombre pour impulser un élan au changement radical nécessaire.


En résumé plus détaillé


C’est quoi le sens ?

Une capacité de prédiction : établir des liens entre l'état du moment de l’environnement et son état futur

Une capacité de contrôle pour assurer ordre et cohérence. Prédiction et contrôle se renforcent : la réalisation des prédictions augmente le sentiment de contrôle de l'individu sur son environnement. L’enjeu étant de réduire l’incertitude sur l’avenir et d’assurer la survie.

L'être humain considère que la société humaine a un sens dès lors qu'il a acquis que l'on peut y être accepté et y trouver sa voie pourvu qu'on y respecte des règles et des codes. Cette société n'est pas livrée au chaos, elle a un ordre et cet ordre est intelligible. Elle est fondamentalement rassurante

Observer, prédire, anticiper les évènements futurs, diminuer l'angoisse : tout cela participe de la notion de sens“.

L'être humain semble d'une certaine manière préprogrammé pour chercher du sens dans le monde qui l'entoure”. 

Le Cortex Cingulaire Antérieur

Quand une prédiction ne se réalise pas, une petite bande de cortex cérébral situé à quelques cm du striatum et connecté à lui entre en action : le Cortex Cingulaire Antérieur. Il fonctionne que la prédiction attendue soit positive (et qu'il y ait échec) ou que la prédiction soit négative (et que contre toute attente il y ait réussite dans la réalité). 

Cette activation se manifeste par un signal d’alarme déclenchant une réaction de stress (via le système sympathique et en activant le centre de la peur dans le cerveau : l’amygdale).

Quand on passe d’une incohérence ponctuelle à une incertitude à pouvoir prédire, l’alarme est permanente provoquant un stress chronique. L’auteur énonçant que “L'incertitude est le contraire absolu du sens”. Avec l’incertitude sur l’avenir de la planète surgit une nouvelle forme d’anxiété : l’éco-anxiété ou solastalgie.

Dans des sociétés relativement stables où les structures du travail, de la famille et des rapports humains ne changent pas de façon trop imprévisibles et arbitraires, le CCA est facteur d'adaptation et d'ajustement. Mais c'est quand ces repères changent trop vite, et de façon constante sans laisser de répit à l'individu, qu'il nous emmène vers la destruction

Le CCA est une "machine à sens" capable d'intégrer de vastes représentations du monde et pas seulement une machine à faire des prédictions à court terme sur l'obtention d'une récompense sur la base de simples indices de l'environnement

Une crise cérébrale il y a 12 000 ans

Jusque-là, la prédiction concernait l’environnement naturel (identifier des dangers, trouver de la nourriture). Avec la sédentarisation et la création des première grandes agglomérations (avec l’apparition de l’anonymat) est advenu un deuxième objet de prédiction : comment faire confiance à des inconnus ? Comment prédire leurs intentions et comportements ?

3 niveaux de confiance calment le CCA

Moi (Singularité) : L'estime de soi, fortement mobilisée depuis quelques années

Toi (Proximité interpersonnelle) : La synchronie entre toi et moi (Neurones miroirs, gestuelles synchronisé) confiance inconsciente (contact éphémère) ou (OH) confiance construite quand une relation de proximité s'est tricotée sur la base de la confiance ; créant compassion et altruisme

Autrui en général au sein de ma communauté (Appartenance) : l'appartenance, les sacrifices, le fait que les autres croient la même chose que moi


Aujourd’hui, nous avons perdu le sens

La détonation qui fera voler en éclats, refermant l'ère de l'ordre cosmique pour ouvrir celle du pouvoir de la technologie, est provoquée par Galilée qui pourfend la vision de l'univers. Il en établit une autre, entièrement nouvelle, vision d'un monde peuplé de corps en rotation et obéissant aux lois de la physique … La vision d'un univers stable et immuable, pensé et voulu par un être suprême, est pulvérisée. Désormais, la raison humaine, soutenue par le formalisme mathématique, servira à explorer un nouvel ordre et un nouveau sens

Dès que le sens n'a plus été indispensable, il n'y a eu plus aucune raison de le garder. C'est ce qui nous est arrivé à l'ère industrielle du pouvoir technologique. Le sens devenait un poids inutile, que l'on pouvait donc laisser sur le bord de la route

Pour la plupart des personnes qui vivent dans les pays dits développés, les grands systèmes de sens - religieux, idéologiques, démocratiques ou philosophiques - ne sont pour ainsi dire que des référents dévalués, fragilisés par des connaissances scientifiques et par la coexistence de multiples messages spirituels ou idéologiques que l'on s'efforce de tolérer, mais dont la seule multiplicité suffit à réduire à néant l'espoir que l'un d'entre eux puisse à lui seul détenir une vérité absolue

L’auteur met en avant une forte ambivalence dans nos sociétés du fait de l’omniprésence des technologies et des pouvoirs de la science : “d'un côté, on a la réduction d'incertitude concernant l'ordre matériel des choses que nous a offerte la science et d'un autre on a une explosion de l'incertitude sur le plan humain … social et moral.”

Aujourd’hui le sens disparaît avec le règne de l’incertitude, de l’accélération infernale sans fin, de la compétition et du jetable. “Depuis le tournant des années 1970 et des 30 glorieuses, les conditions de travail, la structure de la famille, les pratiques au sein du couple les échanges économiques, tout est allé vers plus d'instabilité, de sorte qu'il est difficile pour n'importe quel citoyen moderne de prédire son avenir

Le sens est souvent escamoté par des désirs de consommation et les activités du quotidien qui s’enchaînent de manière infernale.

Qui blâmer pour cette situation intolérable ? Le plus dramatique est que la réponse est probablement : Personne. La situation que nous vivons est le résultat d'un processus implacable qui avance avec la régularité silencieuse d'une plaque tectonique.

“Le triomphe technique nous a détruit en 2 temps, sans que personne l'ait vu venir : 

Il a commencé par nous couper définitivement du sens puisque celui-ci n'était plus nécessaire ; la technologie permettant d'éliminer individuellement l'incertitude de sa vie (... Au-delà de l'incertitude au niveau professionnel et familial est apparu ces derniers temps une incertitude d'un nouveau type : l'incertitude sur l'avenir de la planète)

Dans un second temps, il a commencé à réintroduire l'incertitude à des niveaux record à travers la compétition mondialisée et l'accélération globale des existences qui fait que nous n'avons plus le temps de rien et passons nos journées à courir après le mouvement général qui nous emporte

La déflagration provoquée au niveau de l'ordre religieux par le développement de la science a deux conséquences inverses sur l'incertitude : sur le plan matériel des choses, l'incertitude est réduite ; sur le plan humain (prédiction des comportements d'autrui) l'incertitude explose. 

Et pourtant, le CCA dédié à déceler du sens, continue à réclamer sa dose de sens

Le cerveau en surcharge, et notamment le CCA :

Aujourd’hui votre cortex cingulaire doit donc porter le poids, non seulement des incertitudes qui planent sur l’avenir du monde, de votre emploi, de votre foyer ou de votre emprunt bancaire, mais également celui de la charge mentale qui s’accroît du fait de l’accélération des rythmes de travail. Pire : même lorsque vous êtes au bureau, les préoccupations d’ordre personnel ou privé viennent s’inviter dans le ballet de vos pensées.

Quand le sens disparaît, panique à bord !

Confronté à l'absence de sens, le CCA s’emballe, l'humain panique. Il vit une angoisse physiologique aiguë qui remonte à la nuit des temps car le CCA est conçu pour assurer la survie.

Le vide de sens n'est pas localisable, mais diffus, omniprésent et quasi normal dans notre société, l'angoisse qui en résulte est de ce fait impalpable et très difficile à relier à une cause précise. Nous vivons alors dans la situation paradoxale où nous sommes stressés tout en étant entourés de confort

Quand le sens nous échappe, pour ne pas tomber dans la folie, on cherche à combler le vide, de différentes manières :

La fusée sociale :

1er étage : le rituel gestuel est un calmant du CCA (exemple des joueurs de tennis répétant toujours les mêmes gestes avant de servir). Lorsque ces gestuelles relèvent d’un rituel collectif, elles apportent plus d'efficacité dans la coopération, une meilleure acceptation de l'écart entre attentes et réalité et un développement du sentiment d'appartenance.

2ème étage : construire des systèmes de représentation ordonnés et cohérents, des normes sociales ; le sentiment d’incertitude s’estompe si l’on se persuade que le monde obéit à des lois (d’autant plus si elles sont considérées comme universelles). “Si les humains ont une morale, s'ils commencent à distinguer le bien du mal, ils deviennent beaucoup plus prévisibles. Pour le CCA, “le plus important n'est pas vraiment de croire, mais de croire que les autres croient”. “Comment s'assurer que les autres croient vraiment ? Le fait qu'ils opèrent des sacrifices au nom de la croyance et que ce ne sont pas que des paroles”. La croyance se révélant non seulement une armure, mais aussi une arme active (ex : Pour un croyant, penser à la religion face à un événement susceptible d'activer le CCA renforce encore plus sa protection que s'il n'y pense pas activement)
Le fait d'être intégré dans un groupe est un puissant calmant du CCA”, dès lors que l’appartenance à la communauté n’est pas donnée gratuitement mais qu’elle nécessite des sacrifices.

les micro-certitudes : il s’agit de reconstituer de la certitude à une petite échelle. Différentes formes de compensation qui détournent le sens :

manger

le sexe et en particulier le porno avec des effets destructeurs sur la planète (35% du trafic internet)

les séries télévisées

les substances addictives

les technologies qui permettent de nourrir le besoin de contrôle du CCA

la consommation au sens large. “Plus la consommation augmente dans une société, plus le sens diminue ; et plus le sens augmente, plus la consommation diminue”. Avec un paradoxe mis en exergue par le psychologue américain Barry Schwartz : la multiplicité des choix crée de l’indécision et du mal-être du fait d’une frustration de perdre des opportunités chaque fois qu’on l’on arrête un choix. “De ce point de vue, l’indétermination est une forme d’incertitude, et peut-être la pire : c’est celle qui découle de l’incertitude sur nos propres choix.”

L’obsession de l’estime de soi qui agit comme un rempart contre l’incertitude. 

Notre cortex cingulaire nous pousse à renforcer notre estime de soi dès que nous nous trouvons en situation d’incertitude. C’est un mécanisme de protection simple et puissant. Il nous montre que, lorsque nous avons le sentiment d’évoluer dans un monde difficilement déchiffrable, où tout va trop vite et où les repères habituels semblent constamment remis en question, nous tentons de nous rassurer en rehaussant l’image que nous avons de nous-mêmes, comme si cela pouvait nous prémunir contre les aléas du sort

Quel est le problème avec cela ? A priori, aucun… Sauf que les moyens utilisés pour augmenter l’estime de soi sont loin d’être inoffensifs pour notre environnement. À commencer par la précipitation irréfléchie vers des biens de consommation de luxe… à défaut d’être, on se rabat sur l’avoir … l’argent remplace le besoin ancestral du collectif.

La foire aux identités : 

Aujourd’hui, le choix revient à chacun de définir sa trajectoire, et aucune option ne s’impose clairement comme la bonne. Face à ce vertige, et devant la possibilité permanente du déclassement qu’implique le règne de la concurrence générale, la partie de notre cerveau qui demande de l’ordre et de la prédictibilité se révolte. Solidement ancré entre nos hémisphères cérébraux, le cortex cingulaire entre alors en action. En l’absence de système de représentation du monde cosmologique, idéologique, mythologique ou religieux, un moyen simple de clarifier votre identité est de vous définir par référence à un groupe d’appartenance.

La fonction d’une telle adhésion est double : d’une part, l’incertitude sur la propre identité des sujets diminue, ce qui apaise la réaction de stress provoquée par le cortex cingulaire ; et d’autre part, se soumettre à un ensemble de règles simples leur permet de réaliser des prédictions fiables sur leur capacité à être acceptés dans le groupe, et à anticiper le comportement des membres de leur nouvelle communauté.

Il n’est donc pas étonnant que plus l’incertitude de l’individu sur sa propre identité est aiguë, plus celui-ci va manifester des comportements visant à s’enfermer dans une catégorie sociale, à se barricader dans un groupe et à ne plus en sortir.”

À première vue, rien de mal à cela, mais les ennuis commencent quand on cherche à définir le groupe en comparaison avec le reste du monde … de manière discriminante.

Le repli vers le passé avec aspects ambivalents :

D’un côté, “Les personnes qui ont le plus souvent des pensées nostalgiques sont aussi celles qui ont l’impression la plus nette que l’existence a un sens. Tout se passe par conséquent comme si la nostalgie donnait accès à du sens qui, à son tour, protégeait contre les situations déstabilisantes. On chérit son passé et cela met du baume au cœur tant que cela n’empêche pas de vivre le présent et d’envisager le futur.

D’un autre côté “les partis nationalistes font volontiers référence à un passé présenté comme glorieuxL’apaisement du cortex cingulaire par la nostalgie ne suffit alors plus [toujours] : il faut lui ajouter le pouvoir de la discrimination. Car c’est là la face sombre de notre cortex cingulaire : il aime le passé, mais il aime aussi les frontières claires entre groupes sociaux.”

La fin de la vérité :

Le déni : nous nous racontons des histoires par rapport notamment aux effets des comportements humains (et nos propres comportements) sur la planète. D’autant plus quand le métier que l’on exerce participe à la destruction de la planète. On se raconte des histoires pour éviter le constat “Mon activité n’a pas de sens.” Un enseignement fondamental tiré par l’auteur : “Le choix qui s’offre à l’être humain est très simple : soit modifier les actes pour que ceux-ci soient alignés sur les pensées ; soit changer les pensées pour qu’elles soient en phase avec les actes.” Sachant que “la plupart du temps, ce sont les pensées qui s’adaptent aux actes et non l’inverse”. Une autre façon de faire face à cette dissonance cognitive est tout simplement de ne pas penser en se réfugiant dans des distractions permanentes.

Nous nous construisons nos propres vérités sur internet en piochant de gauche et de droite des informations, de préférence des informations qui vont dans le sens de ces vérités pour les conforter. “Le cortex cingulaire ne goûte guère la diversité et moins encore l’ambiguïté parmi les diverses informations. Ce qu’il aime, ce sont les données concordantes, qui ne soulèvent ni contradictions ni conflits… Selon la théorie de l’ordre compensatoire, notre cerveau est en quête d’ordre lorsqu’il est confronté à des informations aléatoires ou ambivalentes, mais peu importe la façon dont son besoin d’ordre sera comblé par la suite.

La fin du (d’un) monde :

Un besoin de lucidité et de changement radical : 

Brusquement, après plusieurs siècles d’histoire et de civilisation, Homo sapiens se rend compte que tout ce qui a fait la toile de fond de son imaginaire, de ses modes d’existence, de ses traditions, de son rapport au monde et de sa propre descendance pourrait prendre fin bientôt, beaucoup plus rapidement qu’il ne se l’était figuré. Pourtant la capacité de l’esprit humain à prendre la mesure de ce bouleversement est étonnamment nulle. Nous sommes comme les grenouilles que l’on fait cuire dans une eau d’abord tiède et qui trouvent l’expérience tellement agréable

L’unique chance d’éviter que cela se produise est de renoncer dès maintenant à notre mode de vie actuel et de consacrer tous nos efforts au service de solutions d’adaptation à ces changements et, potentiellement, de techniques pour réduire la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Que des personnes se préoccupent d’autre chose que cela aujourd’hui est très inquiétant et révèle malheureusement que le moment d’une action efficace sera retardé.

Parvenir à tout cela nécessitera de s’attaquer à la racine du mal qui détruit la vie, la Terre et l’homme, la machine infernale que nous avons créée et qui se nourrit de quatre aliments démoniaques : la compétition, l’accélération, l’incertitude et la consommation.
Ces quatre piliers de l’enfer sur terre s’entretiennent mutuellement : la compétition entraîne l’accélération des moyens de production, qui génère de l’incertitude pour les individus, lesquels consomment davantage pour apaiser l’angoisse que génère un tel mondeAujourd’hui, la technique a échoué. Pire, elle nous tue. À l’heure où je parle, elle est en train de nous conduire à la tombe. Nous n’avons plus d’autre choix que celui du sens.

Faire exploser ce système revient à placer une charge de dynamite dans notre cortex cingulaire. Et cette charge de dynamite n’est autre que le sens. Le moment est venu d’abattre notre carte maîtresse : nous ne pourrons survivre qu’en renonçant à la plupart des commodités dont nous jouissons aujourd’hui, et ce ne sera possible qu’à condition de trouver la voie du sens.”

Aujourd’hui, s’adapter à ce qui nous attend suppose déjà de prendre en compte l’immensité des changements en cours et d’accepter de modifier nos propres schémas mentaux ainsi que nos habitudes. Sur ce plan, on est loin du compte.

Ce sur quoi on peut s’appuyer :

L’idée d’ajout d’un 3ème et nouvel étage à une fusée qui se construit depuis le début de l’humanité :

1er étage : cosmique

2ème étage : social (il y a 12 000 ans)

3ème étage : écologique ; nul besoin de faire table rase des étages précédents. “le sens écologique fonde une morale qui repose non sur la transcendance mais sur la connaissance

Grâce aux neurosciences nous savons que l’obéissance aux normes morales fixées par le corps social est un puissant calmant pour le cortex cingulaire. C’est un pourvoyeur de sens qui dispense pratiquement d’accumuler argent, biens matériels, distractions et inflation de l’ego, et même une grande partie de notre confort de base… l’homme est un coopérateur conditionnel : il est capable d’immenses sacrifices à condition d’avoir l’assurance que les autres membres de sa communauté feront de même

Aucun sens collectif ne peut exister sans la notion de sacré. Nous devons nous interroger sur ce que peuvent être les nouvelles formes du sacré, sous peine de disparaître purement et simplement. L’importance du sacré est de permettre au cortex cingulaire de faire des prédictions.”

Limiter notre croissance industrielle et la densité des transports sera vital pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, mais aussi la propagation des épidémies dont le coronavirus n’a été que le précurseur. Vivre avec moins sera la règle imposée par la simple réalité. La meilleure chose que l’humanité puisse faire de cette donnée est de la transformer en sentiment d’appartenance en lui donnant le sens du sacrifice et en plaçant ce sacrifice au cœur d’une représentation du monde déchiffrable organisée autour de valeurs auxquelles tout le monde croit, et qui donnent un sens à l’action collective. Des valeurs suprêmes communes à tous les êtres humains. Le besoin d’appartenance est probablement le seul rempart qui puisse encore nous protéger des angoisses liées à notre finitude. L’enjeu aujourd’hui est la création d’un sentiment d’identité globale qui donne à chacun le sentiment d’être accepté dans un groupe, sans qu’il ait besoin de prouver sa valeur et son éligibilité par l’accumulation de biens matériels ou de supports d’ego.”

On peut enfin envisager la réunion de deux formes essentielles de sens : “le sens comme perception de l’ordre du monde et le sens comme ordre moral. Les deux premiers étages de la fusée du sens sont alignés : le sens cosmique et le sens social.”

Aller vers le 3ème sens - 3ème étage de la fusée, le sens écologique “est absolument impossible sans relever le défi de la connaissance”. “Cette vision du monde et cette formation intellectuelle doivent à présent être dispensées au plus grand nombre”. Une connaissance et une curiosité qui suscitent de la contemplation et de l'émerveillement. Ce qui amène de l’apaisement et un renforcement du sentiment d’appartenance. “L’émerveillement est à même de fonder le sacré en tant que tel”.

L’auteur évoque l’idée d’une morale environnementale “Le bien et le mal doivent changer de camp. Ils ne doivent plus être définis d’après les anciens textes sacrés transcendantaux mais d’après la compatibilité de nos actions quotidiennes avec la durabilité de la vie sur terre.” et de ses vertus. “En apaisant notre CCA , la morale environnementale aurait aussi l’immense avantage de nous libérer des replis identitaires qui empoisonnent nos sociétés. C’est un des effets remarquables du sens : lorsque l’on touche du doigt son existence, le sens relègue au second plan les considérations de race, de nationalité ou d’origine sociale.”

Un tel changement a bien du sens : “Devenir acteur de ce changement est en soi porteur de sens, et d’alignement de nos opinions et de nos actes.

Redonner un sens dans notre société et dans nos collectifs et communautés à l’existence individuelle : “Je crois qu’au lieu de balayer la question de l’existence individuelle, l’écologie peut lui donner son véritable prix et sa véritable place, bien au-dessus de celle que nous proposent la technologie et le productivité.

Ce sont les consciences qu’il va falloir secouer, non pas la conscience (maintenant banale, convenue et presque habituée) du fait que nous courons à la catastrophe, mais celle de la complexité et de la beauté du monde, ce sont tous ces milliards de consciences nées pour s’intéresser, pour comprendre, pour connaître, pour s’enrichir de savoir et de curiosité, de contemplation, de questionnement. Si nous ne les nourrissons pas, elles accorderont toujours plus d’importance à ce qui n’en a pas, au dérisoire et au vide.”

Un choix à faire, qui nécessite aussi de s’entendre sur les mots : “L’homme du troisième millénaire est placé face au choix entre le sens et la puissance”.




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